Alors que le terme « souveraineté » domine les débats économiques africains, trois modèles asiatiques—Corée du Sud, Vietnam, Indonésie—montrent que la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit. Selon les données de la Banque mondiale, le PIB par habitant de la Corée du Sud est passé de 1 100 $ en 1960 à plus de 33 000 $ en 2024, grâce à une politique industrielle dirigée par l'État et une croissance axée sur les exportations. Le Vietnam, après les réformes du Đổi Mới en 1986, a vu son PIB par habitant passer de 230 $ en 1990 à 4 100 $ en 2024, les exportations manufacturières représentant 80 % de son économie (Banque mondiale, 2025). L'Indonésie, la plus grande économie de l'ASEAN, a atteint un PIB de 1 400 milliards de dollars en 2024, en se concentrant sur la transformation en aval des ressources naturelles, comme le nickel, pour augmenter la valeur ajoutée locale.
Ces exemples soulignent que la souveraineté économique nécessite des investissements stratégiques dans les infrastructures, l'éducation et la technologie. La Banque africaine de développement note que la production industrielle de l'Afrique ne représente que 10 % du PIB, contre 25 % en Asie de l'Est. Pour imiter le succès asiatique, les nations africaines doivent prioriser des politiques qui attirent les investissements directs étrangers tout en renforçant les capacités locales. Par exemple, le Rwanda, en se concentrant sur les TIC et les services, a augmenté son PIB par habitant à 1 000 $ en 2024, mais des défis subsistent dans le secteur manufacturier et l'accès à l'énergie.
Les critiques soutiennent que les pays africains font face à des obstacles uniques, notamment le fardeau de la dette et la vulnérabilité climatique. Cependant, l'expérience asiatique suggère que la souveraineté est un processus, pas un slogan. Comme le souligne l'article de Lansana Gagny Sakho, « La souveraineté se construit par des actions concrètes, pas seulement par des mots. » La voie à suivre implique d'apprendre de l'approche pragmatique de l'Asie en matière de développement, adaptée aux contextes divers de l'Afrique.