Le ditellurure d'uranium (UTe2) s'est imposé comme l'un des supraconducteurs les plus inhabituels jamais étudiés. Dans des conditions normales, les champs magnétiques perturbent la supraconductivité : des champs modestes l'affaiblissent, tandis que des champs plus forts l'éliminent entièrement une fois un seuil critique atteint. UTe2 défie cette règle de manière frappante : sa supraconductivité peut être détruite par un champ magnétique, puis se rétablir spontanément à des intensités de champ encore plus élevées, un phénomène connu sous le nom de supraconductivité réentrante.
Ce comportement a été signalé pour la première fois vers 2019, lorsque des chercheurs ont découvert qu'UTe2 restait supraconducteur à des champs magnétiques remarquablement élevés. Des expériences ultérieures ont révélé la phase réentrante : la supraconductivité disparaît à une certaine intensité de champ, pour réapparaître dans une phase distincte à des champs plus élevés avant d'être finalement supprimée. Ce comportement à deux phases est très inhabituel et a placé UTe2 au cœur d'un intense examen scientifique.
Les physiciens pensent qu'UTe2 pourrait être un supraconducteur à triplet de spin, ce qui signifie que ses paires d'électrons sont couplées d'une manière fondamentalement différente de celle des supraconducteurs conventionnels. Ce mécanisme d'appariement serait responsable de la résistance extraordinaire du matériau aux champs magnétiques. Les supraconducteurs à triplet de spin sont rares et suscitent un grand intérêt car ils pourraient héberger des états quantiques exotiques, notamment ceux pertinents pour l'informatique quantique topologique.
La recherche sur UTe2 se poursuit dans de nombreuses institutions. Les scientifiques s'efforcent de cartographier le diagramme de phase complet du matériau et de comprendre les mécanismes microscopiques à l'origine de son comportement réentrant. Le composé a également attiré l'attention en raison de controverses sur la reproductibilité de certains résultats expérimentaux précoces, soulignant la complexité de l'étude des supraconducteurs non conventionnels. Malgré ces défis, UTe2 reste l'un des matériaux quantiques les plus activement étudiés en physique de la matière condensée en 2026.