Pendant des décennies, les scientifiques ont pensé que la fuite d'eau chaude et salée de l'océan Indien vers l'Atlantique au sud de l'Afrique du Sud—appelée fuite d'Agulhas—était un contributeur majeur à la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique (AMOC), un élément clé du tapis roulant océanique mondial. Cependant, une nouvelle étude publiée dans Nature Communications le 30 juillet 2026 présente des preuves géologiques qui remettent en question cette hypothèse de longue date.
L'équipe de recherche, dirigée par le Dr Ian Hall de l'Université de Cardiff, a analysé des carottes de sédiments du bassin du Cap, au large de l'Afrique du Sud. Ces carottes fournissent un enregistrement des conditions océaniques sur les 1,2 million d'années passées. En examinant les signatures chimiques du plancton et d'autres matières organiques, l'équipe a reconstitué l'histoire de la fuite d'Agulhas et l'a comparée aux enregistrements de la force de l'AMOC.
Les résultats révèlent que les périodes de forte fuite d'Agulhas ne correspondent pas systématiquement à des périodes de forte AMOC. En fait, pendant certains intervalles, une fuite accrue a coïncidé avec une AMOC plus faible, contredisant l'idée conventionnelle selon laquelle plus de fuite conduit à une circulation de retournement plus forte. Cela suggère que la relation entre la fuite d'Agulhas et l'AMOC est plus complexe qu'on ne le pensait.
Les auteurs préviennent que leurs résultats ne rejettent pas entièrement l'importance de la fuite d'Agulhas, mais ils indiquent que d'autres facteurs, tels que les régimes de vent et les apports d'eau douce, pourraient jouer un rôle plus significatif dans la régulation de l'AMOC. L'étude a des implications pour la prévision de la réponse de l'AMOC au changement climatique futur, car les modèles actuels pourraient surestimer l'influence de la fuite d'Agulhas.
Cette recherche s'ajoute à un nombre croissant de preuves qui remettent en cause les vues simplistes de la circulation océanique, soulignant la nécessité de modèles plus nuancés pour projeter les scénarios climatiques futurs.