Le Maroc s'impose comme un territoire stratégiquement important dans la transition énergétique du transport maritime mondial, grâce à sa position géographique au carrefour des grandes routes maritimes atlantiques et méditerranéennes. Ses ports, notamment Tanger Med — l'un des plus grands ports à conteneurs d'Afrique — le placent au cœur des routes commerciales en pleine évolution, alors que le secteur maritime fait face à une pression croissante pour se décarboner.
L'Organisation maritime internationale (OMI) a adopté en 2023 une stratégie révisée visant des émissions nettes nulles d'ici 2050 pour le transport maritime international. Ces évolutions réglementaires accélèrent la demande de carburants alternatifs tels que l'ammoniac vert, le méthanol vert et l'hydrogène vert — des secteurs dans lesquels le Maroc affiche des ambitions importantes, compte tenu de ses ressources considérables en énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne.
Le Maroc a massivement investi dans les infrastructures d'énergie renouvelable ces dernières années, avec des projets comme le complexe solaire Noor et le parc éolien de Tarfaya, qui soutiennent sa capacité à produire de l'hydrogène vert à grande échelle. Le pays a signé plusieurs mémorandums d'entente avec des partenaires européens pour développer des corridors d'exportation d'hydrogène vert, susceptibles d'alimenter à terme le marché du soutage maritime.
Cependant, des défis importants subsistent. L'écart économique entre les combustibles fossiles conventionnels et les alternatives vertes continue de rendre la transition coûteuse pour les armateurs, en particulier les plus petits. Les perturbations climatiques des opérations portuaires et des chaînes d'approvisionnement représentent également des risques. De plus, l'arbitrage réglementaire — où les compagnies maritimes pourraient chercher à se ravitailler dans des juridictions aux règles environnementales moins strictes — pourrait nuire au positionnement concurrentiel du Maroc si les infrastructures de carburants verts ne se développent pas au rythme de la demande internationale.
Les analystes soulignent que la capacité du Maroc à tirer parti de cette transition dépendra d'investissements publics et privés soutenus, de cadres réglementaires clairs et de partenariats internationaux. L'inclusion du pays dans des corridors maritimes verts régionaux et mondiaux sera un indicateur clé de ses progrès dans les années à venir.