Le conflit en cours au Moyen-Orient a porté un coup sévère aux marchés mondiaux des engrais, les experts avertissant que le retour à la normale sera lent et difficile, même si le trafic maritime dans le Golfe reprend. Maximo Torero, chef économiste de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a déclaré à l'AFP que « les dégâts sont déjà là », soulignant la gravité des perturbations des chaînes d'approvisionnement qui soutiennent la production alimentaire mondiale.
Les prix des engrais étaient déjà volatils ces dernières années à la suite des perturbations causées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, qui avait coupé d'importantes fournitures de potasse, d'azote et d'engrais phosphatés en provenance de Russie et de Biélorussie. Le conflit au Moyen-Orient a ajouté une nouvelle couche d'incertitude, affectant les routes maritimes et les installations de production dans la région. Les principaux producteurs et les routes de transit dans le Golfe ont subi des interruptions, faisant monter les prix et laissant les agriculteurs — en particulier dans les pays en développement — peiner à se procurer les intrants nécessaires pour les prochaines saisons de plantation.
Les conséquences pour la sécurité alimentaire sont considérables. La FAO a répété à plusieurs reprises que la réduction de l'accès aux engrais se traduit directement par une baisse des rendements agricoles, menaçant les approvisionnements alimentaires dans les pays importateurs d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Les petits agriculteurs, qui disposent de la moindre résilience financière, sont touchés de manière disproportionnée par les hausses de prix et les pénuries d'approvisionnement.
Les analystes du secteur soulignent que même une résolution rapide du conflit ne rétablirait pas immédiatement des conditions normales sur le marché. Les usines mises à l'arrêt, les contrats d'expédition annulés et les chaînes d'approvisionnement réorientées prennent des mois, voire des années, à se normaliser. L'effet cumulatif de plusieurs chocs mondiaux — de la pandémie de COVID-19 à la guerre en Ukraine, en passant par le conflit au Moyen-Orient — a laissé les marchés des engrais dans un état structurellement fragile, avec des implications durables pour la production agricole et les prix alimentaires mondiaux.