Une frustration récurrente parmi les téléspectateurs marocains et les commentateurs culturels porte sur la manière dont la télévision française représente le Maroc. Chaque fois qu'une chaîne française annonce une émission spéciale consacrée au pays, les attentes sont grandes — pour être régulièrement déçues par une couverture centrée sur les hôtels de luxe, les paysages exotiques et les images touristiques superficielles, notamment l'emblématique hôtel La Mamounia à Marrakech.
Les critiques estiment que ce mode de représentation réduit une nation de plus de 37 millions d'habitants, dotée d'une histoire riche et complexe, de cultures régionales diverses et d'une économie en pleine évolution, à un décor pour la nostalgie française et les fantasmes de voyage des classes aisées. La critique n'est pas nouvelle, mais elle reste vive : les médias français, malgré leur proximité avec le Maroc et les liens historiques et humains profonds entre les deux pays, ne parviennent pas à s'engager avec la société marocaine de manière substantielle.
Ce phénomène reflète un problème plus large dans la couverture médiatique occidentale des nations africaines et arabes, où les choix éditoriaux tendent à privilégier le pittoresque sur le politique, l'anecdotique sur l'analytique. Les débats sociaux en cours au Maroc, sa culture urbaine jeune, sa scène littéraire et artistique, et son rôle géopolitique dans la région apparaissent rarement aux heures de grande écoute françaises.
Pour la diaspora marocaine en France — qui se compte en centaines de milliers — ces programmes peuvent sembler particulièrement aliénants, présentant un pays qu'ils connaissent intimement à travers un prisme à la fois glamour et réducteur. Des commentateurs culturels ont appelé les diffuseurs français à investir dans une couverture plus substantielle et journalistique, reflétant toute la richesse de la vie marocaine contemporaine plutôt que de recycler les mêmes images de carte postale.