L'industrie cimentière est l'un des secteurs les plus difficiles à décarboner, étant responsable d'environ 8 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Contrairement à de nombreuses industries où l'électrification offre une voie claire, la production de ciment implique un procédé chimique appelé calcination — le chauffage du calcaire pour produire de la chaux — qui libère inévitablement du CO2, quelle que soit la source d'énergie utilisée. Cela rend la décarbonation profonde à la fois techniquement complexe et financièrement redoutable.
Les grands cimentiers, dont Heidelberg Materials, Holcim et Cemex, se sont engagés à réduire significativement leurs émissions en ligne avec l'Accord de Paris. Ces entreprises investissent dans des technologies de captage et stockage du carbone (CSC), des combustibles alternatifs et des formulations de ciment bas carbone. Heidelberg Materials développe notamment ce qu'il décrit comme la première installation de captage de carbone à grande échelle dans une cimenterie, à Brevik en Norvège, visant à capter jusqu'à 400 000 tonnes de CO2 par an.
Cependant, les défis économiques restent considérables. Les technologies de captage du carbone sont coûteuses à déployer et à exploiter, et le marché du CO2 capté — que ce soit pour le stockage ou l'usage industriel — est encore en cours de maturation. Les primes vertes sur les produits cimentiers bas carbone sont difficiles à répercuter sur les acheteurs dans un marché de la construction très concurrentiel, où la sensibilité aux prix est élevée.
Des approches alternatives incluent l'utilisation de matériaux cimentaires supplémentaires (MCS) tels que les cendres volantes et les laitiers pour remplacer partiellement le clinker, la composante la plus émettrice du ciment. Des chercheurs développent également de nouvelles chimies du ciment, notamment les géopolymères et les ciments sulfoalumineux, qui peuvent réduire significativement les émissions de procédé. Toutefois, la mise à l'échelle de ces solutions et leur acceptation réglementaire restent des processus lents.
Les analystes du secteur avertissent que sans une tarification carbone plus forte, des réglementations plus strictes et des investissements publics et privés accrus, l'industrie cimentière risque de ne pas tenir ses engagements climatiques. La transition est en cours, mais son rythme reste insuffisant pour s'aligner sur une trajectoire de réchauffement de 1,5 °C, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).