La France réajuste son approche au Sahel, abandonnant les opérations militaires très médiatisées qui ont marqué son engagement pendant près d'une décennie. Après avoir été contrainte de quitter le Mali, le Burkina Faso et le Niger par leurs juntes militaires, Paris adopte une posture plus ambiguë, s'appuyant sur des partenariats discrets et le partage de renseignements plutôt que sur des déploiements massifs de troupes.
Ce changement fait suite à une série de coups d'État dans la région entre 2020 et 2023, qui ont rompu les liens antiterroristes de longue date. Les forces françaises se sont retirées du Mali en 2022 et du Burkina Faso en 2023, tandis que le Niger a ordonné le départ des troupes françaises plus tard cette année-là. Ces retraits ont laissé un vide sécuritaire que les groupes djihadistes ont exploité, la violence s'étendant vers les États côtiers d'Afrique de l'Ouest.
En réponse, la France a renforcé ses liens avec ses alliés restants, comme le Tchad et la Côte d'Ivoire, mais évite de publiciser son rôle. Cette ambiguïté permet à Paris de maintenir son influence sans provoquer de sentiment anti-français ni d'affrontement direct avec la Russie, dont le groupe Wagner a étendu sa présence dans la région. Les analystes notent que cette stratégie de faible visibilité reflète une tendance européenne plus large à éviter un engagement militaire ouvert en Afrique.
Cependant, l'approche comporte des risques. Sans présence publique claire, la France pourrait avoir du mal à coordonner avec les forces locales ou à contrer la désinformation. Le Sahel reste un point focal de la compétition entre grandes puissances, et la position ambiguë de la France pourrait être perçue comme une faiblesse par ses partenaires comme par ses adversaires. Alors que la sécurité régionale se détériore, Paris est sous pression pour définir plus clairement son rôle.