Un nombre croissant de restaurants huppés dans les quartiers aisés d'Agdal et de Hay Riad à Rabat ont recours à une tactique récurrente : prétendre que leur terminal de paiement par carte est en panne, obligeant ainsi les clients à régler en espèces. Cette pratique, largement relayée par des médias de consommation marocains dont Goud.ma, est devenue si courante que les habitués de ces quartiers anticipent désormais l'excuse avant même de demander l'addition.
Les défenseurs des consommateurs et les observateurs de la transparence financière au Maroc affirment que ce stratagème est délibéré : il vise à sous-déclarer les recettes et à échapper à la TVA ainsi qu'à l'impôt sur les sociétés. En maintenant les transactions hors des livres de compte, les établissements peuvent s'approprier la différence entre revenus déclarés et revenus réels — une forme d'évasion fiscale qui compromet les efforts du Maroc pour formaliser son économie.
La Direction Générale des Impôts (DGI) a intensifié ces dernières années ses campagnes de contrôle ciblant le secteur de la restauration et de l'hôtellerie, qui reste l'un des plus dépendants du cash dans le pays. La réglementation oblige les entreprises dépassant un certain seuil de chiffre d'affaires à accepter les paiements électroniques, mais l'application reste inégale en pratique, notamment pour les établissements qui affichent une image haut de gamme tout en opérant de manière informelle.
Les clients qui s'insurgent se heurtent souvent à l'indifférence ou se voient indiquer le distributeur automatique le plus proche. Des experts juridiques rappellent que les consommateurs ont le droit de contester ces refus et peuvent déposer des plaintes auprès des autorités fiscales locales ou des organismes de protection des consommateurs. Cette tendance soulève également des questions de réputation pour une ville qui se positionne comme une capitale moderne des affaires et de la diplomatie, où l'infrastructure de paiement électronique est pourtant largement disponible.