Une nouvelle étude publiée dans la revue Energy Conversion and Management a évalué la faisabilité technico-économique de systèmes photovoltaïques flottants (FPV) sur 58 barrages marocains. Menée par le chercheur Abdelilah Mouhaya, l'analyse a révélé que couvrir seulement 10 % de la surface des barrages avec des panneaux FPV pourrait générer environ 66 GWh d'électricité par an, tout en réduisant l'évaporation de l'eau d'environ 1,5 milliard de mètres cubes par an.
L'étude, intitulée « Techno-economic feasibility analysis of floating photovoltaic systems on 58 Moroccan dams: energy potential, economic viability, and water evaporation », met en évidence un double avantage : la production d'énergie renouvelable et la conservation de l'eau. Le Maroc, qui fait face à un stress hydrique chronique et dépend fortement des importations d'énergie, pourrait utiliser son infrastructure de barrages existante pour relever les deux défis. La recherche a pris en compte des facteurs tels que l'irradiation solaire, la surface d'eau et les données climatiques locales à travers le pays.
Sur le plan économique, l'étude a constaté que le coût actualisé de l'électricité (LCOE) pour ces systèmes FPV serait compétitif par rapport aux fermes solaires traditionnelles, allant de 0,04 à 0,06 dollar par kWh, selon l'échelle d'installation et l'emplacement. L'investissement initial nécessaire est estimé à 1,2 milliard de dollars pour la capacité totale de 66 GWh, avec une période de récupération de 8 à 10 ans. Les auteurs notent que les systèmes FPV bénéficient également de l'effet de refroidissement de l'eau, ce qui peut augmenter l'efficacité des panneaux de 5 à 10 % par rapport aux installations terrestres.
Les avantages environnementaux vont au-delà des économies d'eau : les panneaux FPV réduisent la croissance des algues en ombrageant la surface de l'eau et évitent les conflits d'utilisation des terres associés aux fermes solaires au sol. Cependant, l'étude met en garde sur la nécessité d'évaluations d'impact environnemental minutieuses pour éviter de perturber les écosystèmes aquatiques. Les chercheurs recommandent des projets pilotes sur quelques barrages avant un déploiement à grande échelle.
Cette recherche intervient alors que le Maroc poursuit sa Stratégie énergétique nationale, visant 52 % de la capacité installée provenant des énergies renouvelables d'ici 2030. Le pays exploite déjà le complexe solaire Noor Ouarzazate, l'une des plus grandes centrales solaires à concentration au monde. Le solaire flottant pourrait compléter ces efforts, en particulier dans les régions où les terres sont rares ou chères.