Une nouvelle étude historique soutient que les catastrophes environnementales qui ont frappé le Maroc au XVIIe siècle — sécheresses sévères, famines et épidémies de peste — n’ont pas seulement causé une mortalité massive. Elles auraient aussi redessiné la carte du savoir dans le pays, affaiblissant les centres savants urbains et renforçant les zaouïas rurales, ces confréries soufies.
Selon ces recherches, les mauvaises récoltes répétées et les épidémies ont perturbé les réseaux d’érudits, de bibliothèques et de madrasas qui fleurissaient dans des villes comme Fès, Marrakech et Salé. À mesure que les institutions urbaines déclinaient, les zaouïas — qui combinaient enseignement religieux, charité et organisation communautaire — sont devenues des centres essentiels d’éducation et de transmission culturelle.
L’étude suggère que ce basculement a contribué à façonner la vie religieuse et intellectuelle marocaine pendant des siècles, donnant aux confréries soufies rurales un rôle durable dans l’éducation et l’action sociale. Les auteurs appellent toutefois à la prudence : les preuves sont fragmentaires et le lien entre chocs climatiques et changement culturel est complexe, impliquant aussi des facteurs politiques et économiques.
Les historiens documentent depuis longtemps l’impact du petit âge glaciaire en Afrique du Nord, notamment les famines au Maroc au XVIIe siècle. Ce travail ajoute une dimension culturelle à cette histoire, en proposant que la géographie du savoir n’était pas à l’abri des crises environnementales.